Citation

''Lorsque celui qui chemine dans l'obscurité chante, il nie son anxiété, mais il n'en voit pas pour autant plus clair'' (Inhibition, symptôme et angoisse, S.Freud, 1926)


Un Je(u) entre ça et moi

Je ne me contrôlais plus. Malgré moi. Les mots ont dépassé ma pensée, il ne l'a pas fait exprès ..., autant de réflexions que nous avons faites, que nous avons entendues.

Comment est-ce possible? N'est-on pas toujours responsable de ses actes, de ses paroles? Y-aurait-il en soi, en nous, une instance capable d'échapper à la raison, à notre volonté?

Un jour le petit enfant a regardé le miroir. Autour des 4/6 mois, ce que Lacan nommera le Stade du miroir marque la formation d'une instance psychique nouvelle qu'il définit non pas comme une rencontre du ça, chaos primordial de perception, et de la réalité extérieure mais comme une projection de l'image corporelle, le moi imaginaire, support d'identification. A partir de cette rencontre avec son image, l'être humain poursuit son développement biologique et psychique mais il n'est plus le même, il s'ouvre du monde sensible au monde sensé, le je sujet fait co-naissance avec le moi.

Le stade du miroir est formateur de la fonction je, un je qui assume la mission d'expérimenter le monde. Il en rapporte une représentation d'un moi corporel qui sera introjectée. Le moi interne identifie l'image introjectée comme étant sa propre représentation aux yeux du monde extérieur. Le regard de la mère est le premier miroir qui assure le moi d'une existence interne. Aux yeux de l'enfant, cette visibilité matérialise le regard de l'autre sur lui le regardant.

Je est une réalité différente du moi, il fait partie d'un monde qui est à l'extérieur de l'enveloppe corporelle et psychique. Le regard du monde extérieur porté sur l'individu permet au je de s'identifier et de s'y sentir ou non intégré, le moi sans être dupe se sait différent. Toute la vie l'individu porte en lui cette perception de soi par le regard de l'autre souvent étrangère à celle qu'il a de lui-même. Dès l'acquisition de l'autonomie motrice et du langage, grâce à la maturation psychique, l'expérience du je et du moi bouleverse la relation enfant-parents.

Du point de vue du développement émotionnel par l'utilisation du ''je suis'' comme représentation symbolique de son monde interne et de son image, l'enfant se définit comme un sujet unifié face à l'autre. Le je est social, le moi est intime. Quand l'enfant dit je il affirme la priorité de son être, avant le faire ou l'avoir. C'est parce qu'il à la conviction d'être qu'il peut dire ''je veux'', je porte-parole du moi, différente de la parole de l'autre. La découverte des limites et des différences est déterminante pour la perception de son identité propre et de sa subjectivité.

Je est symbole, représentant de l'individu aux yeux de l'Autre il revendique son autonomie, son identité, et tente de s'affranchir d'une dépendance à laquelle le moi est assujetti en raison de ses relations avec le ça, le surmoi et le monde extérieur. Entremetteur, il noue les relations du moi avec ses objets d'amour ou de haine. C'est un pro-nom personnel qui peut être mercenaire.

Au service du moi il est plein d'attention, d'interrogation ou de cajoleries,
Il porte haut le nom du père.
Le moi gonflé de fierté, je se porte en avant, brandit son étendard.
Mais prompt à la rupture, le moi effondré,
Je passe à l'acting-out,
Jette son encre-seiche, brouille les pistes.

Au service du surmoi ce ne sont que réprimandes, menaces, tyrannie et terreurs sans mot.
Je n'en peux plus d'un moi effondré de culpabilité.
Pour je, le responsable est tout trouvé, c'est moi.
Le moi aussi peut se mettre en jeu et faire l'acteur, il est alors en représentation.
Devant ce jeu, je le double ou s'efface pour laisser sa place à l'autre,
Le masque, celui du double je(u),
Le symptôme, son corps es-sens.

Le ça est entier et direct.
Sans intermédiaire il s'adresse au moi,
N'a pas besoin de je pour le bousculer sans loi,
D'ailleurs en général ça arrive sans que je m'en aperçoive,
Par lapsus, oubli, maladresse, inadvertance, étourderie,
Je est ailleurs et moi confus.
Quand ça me prend,
Je ne suis plus maître de moi.
C'est dans le rêve qu'unis pour la nuit
Je et moi sont réunis, font mille facéties,
Alors que les sens sûrs, la censure dort.
Quand je dors, ça m'incline à penser
Que mon moi s'anime encore.

 
Psychanalyste didacticienne - Psychothérapeute d'orientation analytique - Sexothérapeute analytique - Certifiée par la Fédération Freudienne De Psychanalyse - Formatrice à l'Institut Freudien du Périgord à Bergerac - Auditeur libre à l'ACF Dordogne - Auditeur libre au CIEN.